Bozoum : 1300 maisons incendiées et une dizaine de morts attribuées aux Séléka

1300 maisons incendiées et plus d’une dizaine de personne tuées entre les 8 et 9 janvier, vers Bozoum, sur les routes de Bocaranga et Paoua, par certains éléments de la Séléka sous les ordres du directeur général adjoint de la police, le général Adoul Rakis, a témoigné ce dimanche 12 janvier 2014, Père Aurelio au RJDH.

Selon le témoignage du Père Aurelio, c’est une mission de pacification dirigée par Adoul Rakis, DGA de la Police,  qui s’est transformée à une mission de barbarie dont nous vous laissons lire ce témoignage sans commentaire.  

Mercredi 8 janvier 2014

« Après, je dois récupérer 300 litres de gasoil pour l'antenne de téléphone d'Orange, qu'une moto vient de transporter depuis Paoua.

Dans l'après-midi, avec ce prétexte, je sors de la ville et j'en profite pour rencontrer les antibalaka, qui sont de plus en plus nombreux (au moins 400, et seulement dans ce lieu...) et de plus en plus nerveux.

Je présente le problème de l'ouverture des écoles (fermées depuis un mois) et du ravitaillement de la ville (tous les marchés hebdomadaires, où les gens se ravitaillent, sont fermés). Mais le refrain est toujours le même : Il faut que la Seleka et les musulmans déposent les armes, et que les Seleka partent...

Ils disent qu'une fois obtenu ça, ils vont laisser la guerre et rentrer dans leurs villages...

Vers 18h 30 on entend plusieurs tirs en ville.... mais on n’en sait pas trop bien qu'est-ce qu'il se passe. Il y a beaucoup de tirs, et des cris de joie (de la part des musulmans) : on apprendra plus tard qu'un contingent Seleka est venu renforcer  les éléments sur place... Il y aurait un général venu de Bangui et au moins 6 à 10 voitures.

No comment !

Jeudi 9 janvier 2014

Nuit sans tirs… Le matin je descends à l’hôpital, et pendant que je suis là, un groupe d’une cinquantaine de Peuls armés de machettes, arcs et aussi 3-4 kalachnikovs passe à travers la cour… 


Ils vont vers l’Ouham, où les Seleka arrivés la veille sont parti une heure plus tôt pour dégager la route et chasser les antibalaka. Nous entendons beaucoup de tirs, malgré la distance, et vers 12h une grande fumée se lève en cette direction : probablement la Seleka a brulé un ou plusieurs villages…

A 17h 30 arrivent les Seleka, les nouveaux. Il y a un DGA de la Police, et d’autres Seleka (certains centrafricains, d’autres tchadiens). Nous faisons une réunion avec lui et ses hommes, et beaucoup des refugiés assistent. Je dois même  engueuler un Seleka qui menace les gens avec son arme, pour les faire éloigner.

Le chef veut que les gens rentrent en ville. Nous l’écoutons, et après je prends la parole. Je lui dis que les 3000 personnes réfugiées à la Mission sont  fatiguées, après plus d’un mois. Pour moi, ils peuvent partir tout de suite, MAIS il faut la sécurité… Les gens sont exposées aux exactions de la Seleka, et à leurs vengeances, et ils ont peur des armes distribuées aux musulmans et aux Peuls…

Un homme et une femme prennent la parole, et ils expriment leur souci et leur crainte de rentrer, puisqu’ils sont exposés à la Seleka…

Après un bon échange, nous décidons de nous réunir demain matin, puisqu’ils doivent partir… Mais combien en resteront ? Et s’ils partent, les antibalaka ne vont pas revenir ?

Et, finalement, les gens qui se sont réfugiées à la Mission, ne sont pas d’accord de rentrer, tant que la Seleka reste là…

Vendredi 10 décembre

7h 30 : nous sommes tous prêts pour la réunion… mais après une heure personne n’est arrivée, et nous partons.

Vers 9h ils arrivent, imams et Seleka, et nous commençons la réunion. Le chef de la Mission, le « général » de Police ( !!!) ADOUM RAKIS prend la parole en disant qu’il est venu pour la paix, qu’il est là pour tout le monde, que le Gouvernement se fait beaucoup de souci pour Bozoum, que les gens doivent rentrer à la maison bla bla bla bla.

Les gens prennent la parole, et demandent quelles garanties il peut donner pour que les gens ne soient pas dérangés par la Seleka après son départ?  Ils lui demandent aussi pourquoi ils ne désarment pas les musulmans et les Peuls qui ont des armes de guerre.  Le « général » il dit qu’ils ont déjà une liste… de 2 civils qui ont des kalachnikovs (nous en avons une, avec les noms d’au moins 55 personnes qui en ont !).

Je rappelle aux amis musulmans et Peuls, et à la Seleka, que le problème ce n’est pas les antibalaka mais la Seleka : si la Seleka part, les antibalaka vont déposer les armes et rentrer dans leurs villages. 

Nous insistons sur les exactions, et finalement les Seleka partent chercher Jérôme Ngaina, un catéchiste pris mercredi par la Seleka, accusé d’être un antibalaka, torturé et prêt pour être abattu…  Ils le libèrent, comme signe d’humanité… (MAIS semble-t-il que les Seleka soient arrivés dans les villages avec les brassards de la FOMAC, et ainsi ils ont confondus les gens…).

Après la très longue réunion arrive la nouvelle des démissions du Président Michel Djotodjia et de son Premier Ministre. Les gens restent prudents, mais il y a quand même un peu de joie…

Vers 15h je pars avec la Croix Rouge vérifier les villages à la sortie de Bozoum, sur les routes de Bocaranga et Paoua, où il y a eu des combats hier.  Les combats, heureusement, n’ont pas causé beaucoup de morts, mais les Seleka se sont vengé, en brulants 440 maisons (sur 520) dans les villages de Pont Ouham, Doussa, Camp 5 et Boyele… Quelle tristesse voir les maisons brulées, les produits de la campagne agricole détruits…

Une note singulière : à Boyele le catéchiste a fermé sa maison avec un cadenas et… un chapelet : les Seleka n’ont pas osé la bruler ni y entrer…

Demain, si tout va bien, nous irons vérifier les villages brulés par la Seleka sur l’axe Bangui.

Samedi  11  janvier 2014

Hier les Seleka  et beaucoup de civils musulmans sont parti en convoie vers Bangui, mais les antibalaka (dont les Seleka avaient brulé au moins 700 maisons la veille…) les ont attaqué. Il y a eu des morts et des blessés, et je décide d’aller voir. Dans la matinée je pars voir l’Imam pour lui présenter mon intention d’aller récupérer les morts et les blessés, mais aussi pour l’aider à réfléchir sur la situation.

Je pars à 14h avec la Croix Rouge. La route est dangereuse, avec une présence constante d’antibalaka…  A Bokongo (14 km) il y a 70 de maisons brulées. À  20 km il y a un pont brulé, et nous passons à coté, mais après nous devons arrêter la voiture, parce que l’arbre de transmission s’est détaché… J’arrive à joindre Joseph, notre mécanicien, et en attendant son arrivée nous allons à pied à 5 km. Ici, dans le village de Boyabane, il y a eu 4 personnes tuées : les Seleka sont arrivés avec des tenues de policiers, et ont trompé les gens, en disant de venir tranquillement, et une fois venues, ils les ont abattues…

Ici il y a 220 maisons brulées, et ils nous disent qu’il y a d’autres villages sur la route (Bombalou, Boyala, Boyaram) où il y a eu au moins 600 maisons brulés.  Donc au total, entre cette route et l’autre, le 8 et le 9 janvier, les Seleka (sous les ordres du DGA de la Police, le « général » Adoum Rakis) ont brulé plus de 1300 maisons et tué au moins une dizaine de personnes. Et faire cela dans un contexte de tensions, et s’en aller, c’est du suicide !

Au retour (après avoir réparée la voiture)  je charge 3 blessés. Plus loin, dans un village, il y a beaucoup de femmes musulmanes, que les gens ont protégées, et je les charge avec leurs enfants. »

Bozoum Séléka Droits de l'homme Insécurité

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